Traversée de Croze, le bourg, les hameaux, un peu d'histoire...

Nous venons de quitter Felletin et nous prenons la route qui mène jusqu'aux confins sud du département en longeant la rivière Creuse. A quelques huit kilomètres de là, nous apercevons le village de Croze, village où vécurent bon nombre de nos ancêtres. A l’entrée de la commune qui comprend un petit bourg et non moins de dix-neuf hameaux, nous apercevons sur notre gauche le château du Maslaurent. Penchons-nous quelques instants sur l’histoire de ce lieu...

 

 

Seigneurie très ancienne le Maslaurent fut possédé et habité par plusieurs familles dont les noms sont connus depuis le XVème siècle. Que de fêtes animèrent ce château mais aussi que de drames en perturbèrent sa tranquillité ! A ce sujet écoutons ce que l'on raconte dans la région...

Nous sommes en 1591, pendant les guerres de Religion. Les affrontements entre Ligueurs1 et Huguenots se succèdent dans la région limousine comme dans le reste de la France. Ainsi une bataille sanglante vient d'avoir lieu à Ahun, bataille au cours de laquelle le seigneur de Saint-Germain-Beaupré, chef des Huguenots, a été tué par les Ligueurs conduits par le sieur de Toirac. Ces derniers, après l'affrontement, se replient sur Croze et se réfugient avec des moines de la région au château du Maslaurent, propriété de Toirac. Gabriel Foucault, fils du seigneur de Saint-Germain-Beaupré, voulant venger la mort de son père arrive alors en force à Croze et entreprend le siège puis l'assaut du château. S'étant emparé du lieu, le nouveau chef des Huguenots fait décapiter tous les hommes de la garnison de Maslaurent ainsi que les moines, sans même leur laisser le temps de se confesser ni de remettre leur âme à Dieu.

On raconte que, depuis ces événements, on voit parfois les nuits de pleine lune des hommes décapités courir dans les bois aux alentours de Croze en tenant leurs têtes ensanglantées sous le bras. Ce sont dit-on les moines du Maslaurent...

1. En 1576 fut créée une confédération catholique appelée Sainte Ligue (ou Sainte union ou tout simplement Ligue), ceci afin de combattre les protestants (ou Huguenots) regroupés au sein de l'Union calviniste.

 

Les années passent, la Révolution secoue le lieu une nouvelle fois. Le descendant des seigneurs du Maslaurent, Claude-Joseph-Alexandre marquis de Brachet et lieutenant général de la Marche, doit émigrer et ses biens lui sont confisqués. En 1793, la Société populaire de Felletin fait démolir les tours du château, les bâtiments et les terres sont vendus à des particuliers : Jean-Baptiste Guillon (qui sera maire de la commune une dizaine d'années plus tard) est l'un de ces acquéreurs. Les années passent encore ... En 1868 la veuve du descendant du marquis émigré rachète la propriété. Le château sera reconstruit par son fils, dernier marquis de Brachet, qui y mourra au début du XXème siècle, sans postérité.

 

 

C'est ce dernier marquis de Brachet qui fera démonter une chapelle sise sur la commune de Saint-Frion et la fera transporter pierre par pierre jusqu'à Croze. Cette chapelle sera réédifiée dans le parc du château afin de servir de tombeau à la famille Brachet. Actuellement, le caveau de la famille Brachet se trouve au cimetière de Croze.

Par la suite, le château sera acheté par une administration qui y installera une colonie de vacances. Aujourd'hui le château est de nouveau propriété d'un particulier.

Nous entrons dans Croze qui s'étire tout le long de la route. Passons devant l'ancienne gare, la mairie et l'école. Le lieu est comme endormi, la vie l'a quitté avec le départ pour la ville, là où il y avait du travail, de bon nombre de ses habitants au cours des XIXème et XXème siècles. On remarque que les commerces ont fermé mais l'on distingue encore les enseignes au-dessus des portes closes de l'épicerie, de la boucherie, des cafés, du restaurant et de hôtel. Une vie, une animation régnaient là il y a encore une cinquantaine d'années et petit à petit, dans le courant des années 70, tout s'est éteint. Quand on sait que la commune compte aujourd'hui environ 200 habitants, on est sidéré d'apprendre qu'elle en comptait 2209 en 1892.

En suivant cette route peut-être aurez-vous l'impression de traverser le bourg de la commune puisque vous avez repéré les bâtiments communaux, l'ancienne gare et les anciens commerces ? Vous vous demanderez alors : « mais où se trouve donc l'église ? ». Vous pouvez toujours la chercher, vous ne la verrez pas à cet endroit. En effet vous n'êtes pas dans le bourg mais au Tarderon et à la Grattade, deux villages qui, depuis la fin du XIXème siècle, sont devenus le cœur de la commune. L'ancien bourg, lui, ne se situe pas dans la vallée mais sur les hauteurs du territoire, là où s'installèrent les premiers habitants du lieu, là où la protection était la meilleure contre les invasions barbares.

Prenons donc la petite route pentue qui mène à ce centre qui n'en est plus un et nous découvrons la petite église dans laquelle nos ancêtres ont été baptisés, se sont mariés et sont passés avant de rejoindre le caveau familial dans le cimetière tout proche. Seulement deux ou trois maisons forment ce « bourg» qui apparemment fut toujours bien petit : en effet toujours en 1892 on ne dénombrait ici que 4 maisons et 17 habitants alors que le Tarderon possédait 24 maisons et 98 habitants. D'autres hameaux de la commune avaient aussi un nombre important d'habitants ; tel est le cas du village de Bunleix. Si aujourd'hui seulement quelques personnes vivent en permanence dans le village, toujours en 1892 Bunleix comptait 93 habitants. D'autres villages de Croze furent assez peuplés : les Magnadas, village du haut duquel on domine toute la vallée ; la Villeraud, village proche du Maslaurent et qui possède une grosse propriété ancienne ; le Cousseix qui, aux siècles passés, était nommé le Cougousseix et parfois le Coucousseix. Il y a aussi le Vougueix, Soupin, la Brousse et la Combe.

Tous ces villages étaient encore très peuplés jusqu'au milieu du XXème siècle, jusqu'à ce que les plus anciens ne disparaissent et ne soient remplacés dans les maisons que par des vacanciers originaires ou non cette petite commune creusoise.

Croze, promenade le long des chemins du passé...

 

Ce document est le fruit des recherches de Madame Josette PARFAIT. Elle a eu la gentillesse de déposer en mairie un volumineux dossier dont nous vous proposons ici quelques extraits. Pour les personnes qui s’intéressent à l’histoire et aux petites histoires de la commune, le dossier complet est consultable en mairie aux heures habituelles d’ouverture. Que Madame PARFAIT soit ici chaleureusement remerciée pour son remarquable travail.